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Comment intervenir lors de suspicions de troubles de l’écriture chez l’enfant ?
Certains enfants présentent des troubles de l’écriture importants. Pourquoi ? Comment intervenir ? Découvrez nos 5 conseils.
À lireEn tant qu’adultes, voir des enfants tracer leurs lettres lentement peut se révéler frustrant. Car, après tout, écrire n’est pas si difficile ! … Vraiment ? Et si nous vous disions que l’écriture cursive fait intervenir de nombreuses fonctions cognitives ? Or, pour certains enfants, certaines de ces capacités peuvent être plus ou moins altérées. Ceci engendre bien des soucis lors de l’apprentissage du français, ainsi qu’une fatigue cognitive importante. Heureusement, face à un enfant dysgraphique ou dyspraxique, une thérapie adaptée est tout à fait possible. Mais, pour la définir, mieux vaut passer par plusieurs étapes bien distinctes. Vous suspectez des troubles de l’écriture chez un enfant ? Découvrez comment intervenir !

Identifier les difficultés d’écriture au primaire
Que ce soit lors du travail en classe ou des devoirs à la maison, l’enseignant·e comme les parents peuvent identifier des difficultés liées à l’écriture.
L’enfant que vous accompagner est scolarisé en CE2 et présente une ou plusieurs des caractéristiques suivantes ?
- Une écriture illisible, indéchiffrable alors que nous nous attendons à une belle écriture cursive (aussi appelée écriture en attaché).
- Un effort cognitif important pour écrire, avec des crispations, voire des crampes.
- Une fatigue et une anxiété intenses qui en découlent.
- Une focalisation sur la tâche d’écriture plutôt que sur la compréhension ou la mémorisation (ce qui entraîne des difficultés scolaires de manière générale).
- Une mauvaise tenue de l’outil scripteur (stylo, crayon, etc.) ou un manque de tonus.
- Une mauvaise position sur sa chaise ou sur son cahier d’exercices.
Dans ce cas, il est normal de suspecter une éventuelle dysgraphie, une dyslexie, une dysorthographie ou bien une dyspraxie… À moins que le problème ne vienne d’un handicap visuel, d’un TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) ou, encore, de troubles graphomoteurs ?
Il existe tant de causes qui peuvent expliquer un retard important lors de l’apprentissage de la lecture comme de l’écriture !
Malgré tout, pour construire un accompagnement thérapeutique efficace, et prévoir des aménagements scolaires, il s’agit de ne pas se tromper de diagnostic médical.
Pour cela, plusieurs bilans peuvent être passés par l’enfant qui apprend à écrire.
Prenons le cas d’un enfant scolarisé en CE2. Appelons-le Nathan.
L’école a alerté les parents de Nathan par rapport à ses difficultés lors de l’écriture. Après un rapide entretien, nous découvrons qu’il aime lire, qu’il a beaucoup d’imagination et qu’il joue et échange facilement avec les autres (pouvant écarter un potentiel TSA, ou trouble du spectre autistique).
Malgré ces aspects très positifs, il rencontre quelques problématiques : il présente une agitation motrice importante.
Savoir qui consulter en cas de problèmes d’écriture et réaliser les bons bilans
Vous êtes psychomotricien, ergothérapeute ou orthophoniste ?
Vous souhaitez comprendre comment analyser et prendre en charge ces difficultés ?
Dans tous les cas, vous êtes au bon endroit !
Graphothérapie, graphopédagogie ou rééducation graphomotrice : comment s’y retrouver ?
En cherchant de l’aide pour l’écriture de leur enfant, les familles rencontrent plusieurs termes : graphothérapie, graphopédagogie, rééducation graphomotrice ou rééducation de l’écriture. Ils ne recouvrent pas la même réalité. La graphothérapie et la graphopédagogie désignent des pratiques d’accompagnement de l’écriture qui ne correspondent pas à une profession de santé réglementée : le titre et la formation de graphothérapeute ne sont pas encadrés par le Code de la santé publique.
La rééducation graphomotrice décrite dans cet article s’inscrit, elle, dans le champ de la graphomotricité portée par des professionnels de santé : elle s’appuie sur des bilans normés (psychomoteur, praxique, visuo-spatial, graphomoteur) et elle est conduite par des professionnels réglementés, psychomotriciens et ergothérapeutes notamment, le cas échéant sur prescription médicale. C’est cette exigence que valide la certification Prendre en charge les troubles graphomoteurs (RS6770), enregistrée à France Compétences. Les familles peuvent trouver un professionnel formé et certifié dans notre annuaire.
1. Le bilan psychomoteur pour évaluer les compétences motrices
Ce premier bilan est généralement réalisé par un psychomotricien ou une psychomotricienne.
Grâce à divers tests et à une observation fine des comportements de l’enfant, il est alors possible d’identifier précisément :
- les difficultés ;
- le potentiel du patient.
Ce bilan consiste en :
- des tests initiaux, pour évaluer le développement psychomoteur et déterminer les objectifs à poursuivre ;
- des tests intermédiaires au cours de la prise en charge pour évaluer les progrès réalisés.
Reprenons le cas de Nathan.
Durant le bilan initial, ce dernier se montre curieux et motivé. Il présente une bonne coordination motrice, avec une latéralité fixée à droite (il n’est pas ambidextre).
Nous pouvons donc conclure que cet enfant ne présente pas de problèmes au niveau de la posture ou de la coordination qui pourraient expliquer ses difficultés pour tracer des mots.
2. Le bilan praxique
Qu’est-ce que la praxie ? Il s’agit de la capacité à réaliser des mouvements complexes.
Or, écrire est une activité motrice fine et complexe. Elle nécessite notamment d’automatiser le geste d’écriture.
Toutefois, il arrive que des troubles praxiques surviennent (à la naissance ou au cours de la vie). Les personnes concernées doivent alors fournir un effort important pour réaliser des gestes pourtant très simples pour les autres.
Ainsi, un dessin d’une qualité moyenne ou une mauvaise gestion de l’espace sur la feuille peuvent être des signes de dyspraxie, d’apraxie ou d’un autre trouble.
Dans ce cas, il est nécessaire d’effectuer un bilan des capacités praxiques. Pour cela, tournez-vous vers :
- un ou une ergothérapeute ;
- un psychomotricien / une psychomotricienne.
Le but ici est d’évaluer :
- la motricité digitale (autrement dit, des doigts) ;
- les gestes de la main ;
- l’opposition pouce-index (tapping) ou entre le pouce et les autres doigts (tapping séquentiel).
Dans le cas de Nathan, le bilan ne permet pas de mettre en évidence un éventuel trouble praxique, ni un développement moteur non conforme à ce qui est attendu pour son âge.
Toutefois, les exercices de tapping mettent en évidence que le mouvement nécessite un contrôle visuel : ce geste n’est pas automatisé. Nous pouvons donc conclure qu’il existe un défaut d’automatisation des gestes complexes.
3. Le bilan visuo-spatial
Certains troubles des apprentissages sont liés à un trouble visuo-spatial.
Or, il s’agit d’une fonction cognitive essentielle pour :
- analyser un objet ou un environnement en 3D ;
- se positionner dans l’espace (par rapport à soi, aux autres et à son environnement) ;
- saisir un objet.
Un dysfonctionnement de cette fonction, chez l’enfant, se manifeste alors par :
- une difficulté, voire une incapacité, à faire la différence entre différentes formes et figures, à dessiner, à écrire ;
- un retard au niveau de la motricité fine ou de la motricité globale (on dit que l’enfant est « maladroit »).
Dans ce cas, il convient de réaliser un bilan visuo-spatial auprès :
- d’un ou une ergothérapeute ;
- d’un psychomotricien ou d’une psychomotricienne.
Nathan a réalisé plusieurs épreuves.
Lors du test de copie de figures, nous remarquons que le patient a du mal à bien fermer ses triangles. Il perçoit bien les formes, mais il manque d’anticipation au moment de changer de direction ou de vitesse, ou bien encore au moment de retourner à la ligne.
Ainsi, Nathan a du mal à percevoir la trajectoire de la lettre sur la feuille. Or, en CE2, ceci est censé être acquis.
4. Le bilan graphomoteur
Ce dernier bilan permet d’évaluer plus précisément pourquoi l’enfant présente des troubles de l’écriture.
Plusieurs tests sont alors réalisés, tels qu’une évaluation de la motricité, un test de vitesse, un examen approfondi de l’écriture, etc.
Dans le cas de Nathan, ce bilan met en évidence les points suivants :
- les prérequis de l’écriture ne sont pas acquis (il ne tient pas bien sa feuille, il présente une tension au niveau du poignet et de la main, son pouce bloque l’index et le majeur) ;
- son écriture est peu lisible et lente ;
- la taille des lettres est instable (elles sont grandes, puis petites, puis grandes, etc.) ;
- Nathan présente également des difficultés attentionnelles ;
- il n’écrit pas « droit » et le retour à la marge est difficile ;
- enfin, son geste est saccadé, ce qui empêche de faire un lien cohérent entre les lignes (qui s’entrecroisent) et les lettres.
Faire une synthèse des bilans pour poser un diagnostic
Ce n’est qu’après avoir réalisé l’ensemble de ces bilans qu’il est possible de poser un diagnostic.
En effet, une analyse globale permet aux professionnels comme aux parents de bien comprendre d’où viennent les difficultés de l’enfant. Or, pour assurer son épanouissement scolaire, il est nécessaire de passer par cette étape de diagnostic avant de définir un projet thérapeutique.
Durant cette étape d’analyse et d’observation, il est nécessaire d’examiner :
- s’il existe des problèmes sensoriels ou des troubles de la vision ;
- la coordination entre le regard et le geste ;
- les mouvements des doigts ;
- les problèmes posturaux éventuels.
Préparer un projet thérapeutique pour accompagner l’enfant
Ce n’est donc qu’en tout dernier que les objectifs de l’accompagnement thérapeutique peuvent être précisément définis.
En ce qui concerne Nathan, il a tendance à se décourager lorsqu’il écrit. En effet, cela le fatigue beaucoup et il n’arrive pas à se relire.
Aussi, pour que la rééducation graphomotrice ne soit pas source de stress ou de démotivation pour lui, des petits « jeux » peuvent être mis en place (c’est même vivement recommandé !). En effet, la thérapie par le jeu présente un caractère amusant et permet à l’enfant d’avoir la sensation de progresser, et non de stagner.
Voici ci-après quelques exemples d’exercices graphiques à mettre en place pour Nathan.
- L’accompagnateur ou l’accompagnatrice trace un trait vertical sur une feuille. Nathan doit ensuite en tracer un autre à côté. L’objectif ? Faire des lignes droites et ne pas toucher les autres ! Ceci permet d’intégrer plus facilement le retour à la marge.

- Ensuite, le professionnel de santé trace un trait vertical à gauche et plusieurs lignes horizontales, qui représentent respectivement la marge et les lignes d’écriture. Nathan doit faire de même, avec des contraintes de temps de plus en plus raccourcies. Cet exercice permet d’intégrer la notion d’espace sur la feuille.

- Puis, au fur et à mesure des séances de psychomotricité, des entraînements pré-graphiques sont intégrés.
- Ce n’est qu’après que des mots de 2 ou 3 lettres peuvent être tracés, en travaillant sur la modulation tonique, les liaisons entre les lettres, etc. Et, enfin, des mots plus complexes.
Petit à petit, le geste graphomoteur s’automatise et l’écriture devient plus fluide.
La bonne nouvelle : avec un projet structuré et un travail régulier, des progrès s’observent souvent en quelques semaines. Chaque enfant avance néanmoins à son rythme : adaptez les objectifs à chacun et à chacune.
La construction du projet de rééducation, du choix des exercices au re-test BHK, est développée dans notre guide de la rééducation de l’écriture.
Se former pour mieux identifier et prendre en charge les troubles de l’écriture chez l’enfant
Bref, vous l’aurez compris : les troubles de l’écriture chez l’enfant peuvent avoir des causes très variées ! Aussi, difficile d’appliquer le même travail pédagogique en espérant obtenir les mêmes résultats d’un petit à l’autre.
Au contraire ! Pour mettre en place une thérapie adaptée, il s’agit de savoir individualiser chaque prise en charge.
Pour cela, il est nécessaire de :
- comprendre comment l’écriture se met en place ;
- savoir analyser les troubles de l’enfant ;
- connaître les causes possibles de ces troubles ;
- savoir définir un projet thérapeutique individualisé, ainsi que des aménagements scolaires spécifiques.
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