Articles

Entretien avec Sébastien Riochet sur la création d’une classe inspirée du programme TEACCH
Et si la création d’une classe inspirée du programme TEACCH permettait d’améliorer la prise en charge des TSA ? Retour sur l’expérience de Sébastien Riochet.
À lireDéveloppé à l’origine pour les enfants autistes, le programme TEACCH est d’abord apparu aux États-Unis. Son but ? Adapter l’enseignement aux spécificités de chaque enfant. Il permet ainsi d’offrir une éducation structurée, grâce à des repères visuels comme temporels. Dans ce nouveau contexte, l’apprentissage de nouvelles compétences devient facilité, notamment pour les personnes avec un trouble du spectre autistique, ou TSA.
C’est dans ce cadre que Sébastien Riochet est intervenu au cours de sa carrière. Titulaire d’un diplôme sur l’autisme et avec de nombreuses formations à son actif, il travaille dans ce milieu depuis 1992. Engagé non seulement au niveau professionnel et associatif, il revient sur son parcours, et notamment sur son expérience de création d’une classe d’inspiration TEACCH dans un foyer.
Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter rapidement ?
Je suis Sébastien Riochet, j’ai 51 ans. J’ai une expérience de 30 ans dans le monde de l’autisme. J’ai ainsi longtemps exercé en tant qu’animateur. Dans mes débuts, j’ai été moniteur de colonies de vacances dans l’Aude, près de Carcassonne.
Puis, j’ai travaillé dans le médico-social. J’ai été en institut médicoéducatif, ou IME, avec des adolescents et des adultes.
Mais j’ai aussi travaillé avec des enfants dans le cadre d’une entreprise de services à domicile que j’ai créée. Le but de cette société était d’accompagner les familles et de les aider dans leur quotidien. Par exemple, je faisais les courses, j’enseignais la lecture, et bien d’autres choses encore.
À partir de quand vous êtes-vous impliqué dans l’autisme ?
J’aime à dire que je suis tombé dedans en 1990, lors d’un stage. J’avais eu une entrevue avec une jeune femme, qui m’a reniflé le torse. Je me souviens être resté figé : je ne connaissais pas du tout le handicap cognitif à l’époque et je ne savais pas quoi faire.
Ce sont mes collègues qui m’ont demandé de me détendre. C’était mon premier contact avec une personne autiste. D’où l’importance de laisser venir la relation ! Car c’est l’usager qui la crée.
Ensuite, j’ai côtoyé d’autres personnes autistes lors de colonies de vacances. J’étais novice à l’époque donc j’avais des a priori. Je n’avais aucune connaissance dans l’autisme : pour moi, on ne pouvait rien faire avec les personnes autistes.
Mais j’ai appris à découvrir leurs personnalités et la richesse qu’il y avait dans chacun d’entre eux. Ça a été une révélation.
C’est sûr qu’il y a un décodage à avoir, mais, en les connaissant mieux, j’ai vu qu’il était possible de faire plein de choses.
Finalement, vous avez plutôt appris sur le terrain ou avez-vous également suivi des formations ?
Les deux. J’ai suivi des formations dans un organisme de formation sur Le Cannet. C’est eux qui m’ont tout appris. J’ai dû faire une vingtaine de formations avec eux, dont une spécialisation dans l’autisme.
C’est grâce à ces formations et à votre expérience que vous avez pu monter votre classe inspirée de l’approche TEACCH ?
Oui ! À l’époque, j’étais dans un foyer médicalisé, à Pouzolles, dans l’Hérault. C’était en 2013. J’ai exercé pendant 6 ans là-bas et cette classe a fonctionné durant 5 ans.
En réalité, ça a commencé par une commande institutionnelle, qui demandait aux éducateurs de monter un projet pédagogique. Me concernant, dans l’établissement où j’étais avant, j’avais pu déjà travailler sur des outils pédagogiques pour les personnes autistes. C’est pour ça qu’on m’a demandé de monter un projet.
Pendant un an, j’ai travaillé dessus. J’ai évalué les résidents et, lors d’un bilan de fin d’année, je me suis dit : « Et si on montait une classe ? »
Finalement, c’est moi qui l’ai montée, en m’inspirant de l’éducation structurée pour tout ce qui est structuration du temps, de l’espace et des zones d’activités.
Quelles ont été les difficultés rencontrées lors de sa mise en place ?
J’ai peu rencontré de difficultés. Au niveau du budget, l’établissement était derrière moi.
C’est plutôt au niveau de l’organisation que cela a été difficile. Comme j’étais éducateur en internat, il fallait des activités qui correspondent à la fois aux résidents que j’allais recevoir et à l’équipe que j’ai montée pour m’accompagner.

Combien de résidents avez-vous accompagné sur une année ?
Sur une année, je crois en avoir reçu 25 en tout.
On était 2 accompagnateurs pour 6 résidents.
Quelle était l’organisation de la classe ?
Il y avait un panneau sur la gauche avec des activités que les résidents devaient faire ce jour-ci. Ce panneau était imagé, avec des pictogrammes. Nous utilisions aussi ces pictogrammes pour la mise en date et la formulation des règles de classe (les « interdits » et les « autorisés »).
Ils s’installaient alors selon 4 zones de travail : 3 individuelles et 1 zone de groupe.
Dans les zones individuelles, il y avait : le travail en autonomie, le travail en vis-à-vis et le loisir (pour faire de l’ordinateur, regarder des photos, des revues, écouter de la musique, etc.).
Les résidents devaient rester dans chaque zone individuelle de 5 à 10 minutes. Passé ce délai, ils tournaient.
Une fois les 3 zones faites, on interchangeait : ceux qui étaient dans la zone de travail en groupe passaient dans les zones individuelles et inversement.
La zone de travail en groupe consistait à collaborer avec les autres. Nous avons travaillé sur le « chacun son tour », nous avons joué avec des couleurs… Il y avait plein d’activités, en fait !
Dans la classe, nous étions 2 éducateurs : un qui travaillait avec le vis-à-vis et l’autre qui se chargeait du groupe.
Quant aux résidents du foyer, nous avions formé plusieurs groupes selon le niveau d’autonomie de chacun, pour qu’ils soient avec des personnes qui avaient à peu près les mêmes difficultés et les mêmes compétences qu’eux. Nous les appelions les « experts », les « intermédiaires » et les « débutants ».
Au-delà de cette classe, j’avais également une plage horaire dédiée au suivi cognitif individuel. Je travaillais en collaboration avec une psychologue, qui me permettait de définir le travail effectué en classe en fonction de leurs projets individuels (apprendre les couleurs, par exemple, ou le tri des formes).
Le but était notamment de généraliser leurs apprentissages à leur vie dans la résidence. Ainsi, l’apprentissage du tri des formes pouvait les aider à ranger les couverts ou à trier le linge.
Pour ceux qui avaient plus de difficultés, nous donnions ces exercices en « réel », avec par exemple des cubes de couleurs à trier dans différentes boîtes.


Quel était l’âge des résidents ?
J’intervenais surtout auprès d’autistes adultes. Ils avaient plus de 18 ans. La moyenne d’âge était de 30 ans.
Est-ce que cette classe a été un succès ?
Oui ! La classe a évolué, bien sûr. Je n’ai pas imaginé cette organisation tout de suite : tous les ans, je faisais un bilan et je modifiais des choses en fonction.
Avez-vous pu transposer cette expérience à d’autres projets par la suite ?
Je suis très branché sur tout ce qui est cognitif et éducatif, donc c’est vrai que je m’en sers beaucoup, même actuellement. J’ai développé plein de mimétismes de travail. J’ai constitué des planches d’exercices que je peux continuer à utiliser et j’ai construit mes propres outils d’accompagnement.
Quelles surprises et joies cette expérience vous a-t-elle apportées ?
J’ai eu plus de joie que de mécontentement. Le mécontentement, c’était plus sur l’organisation, mais, là-dessus, les établissements font comme ils peuvent aussi.
Je me suis vraiment régalé et enrichi durant cette expérience.
Vous avez également cofondé NEJMA’TISMES, qui œuvre pour l’autisme au Maroc. Quelle est la raison qui vous a poussé à œuvrer au Maroc ?
À Pouzolles, j’avais un collègue, qui est devenu un ami. Il avait un cousin au Maroc, dont un membre de la famille était autiste. Or, au Maroc, l’accueil des personnes handicapées n’est pas le même qu’ici : cette personne autiste n’avait pas d’aide et sa famille ne savait pas comment faire pour l’aider.
Finalement, le cousin en question a fini par demander à mon ami : « Comment faire ? ». Il m’en a parlé et nous avons conclu que le mieux, c’était d’abord de voir ce qui se passait au Maroc.
Nous avons contacté des associations là-bas, qui nous ont très bien accueillis. Nous sommes allés à Fès, à Casablanca et à Marrakech. À l’issue de ce voyage, en 2015, nous avons décidé de monter une association en France. Le but était de faire de la sensibilisation auprès de familles et de professionnels à Taourirt, près d’Oujda, dans le nord-est du Maroc.
Cette expérience s’est révélée très enrichissante. Cela m’a appris beaucoup, par rapport aux différentes cultures que nous pouvons avoir, mais aussi sur la manière d’adapter la prise en charge en fonction de cette culture.
La même année, vous avez également créé Uni-TED.
Oui, j’en ai déjà parlé, c’était de l’aide à domicile. Là, j’intervenais principalement auprès d’enfants et d’adolescents.
Il y avait notamment un petit qui connaissait toutes les lettres de l’alphabet à l’âge de 2 ans, mais qui ne savait pas que « b » et « a », ça faisait le son « ba ». Il avait alors 6 ans. J’en parle parce qu’il représente la plus belle réussite de ma carrière !
Avec lui, j’ai travaillé sur les lettres à l’aide de planches d’exercices adaptées. Au début, il ne comprenait pas : c’était normal. Mais, à la fin de ma prise en charge, il a commencé à associer les lettres aux images. Aux dernières nouvelles, il a intégré une classe spécialisée dans les TSA et il est maintenant au collège.
Quels sont vos projets actuels et futur ?
Je viens de monter un organisme de formation : désormais, j’ai envie de transmettre mon savoir-faire. J’aimerais m’éloigner des établissements médico-sociaux pour ne faire plus que de la formation.
Du fait de mes activités extra-travail, je me suis rendu compte que les professeurs des écoles étaient en difficulté quand ils accueillent des personnes TSA ou DYS. Ils n’ont pas les bons outils et ne savent pas comment gérer la classe.
C’est pourquoi j’aimerais intervenir auprès des professeurs des écoles, mais aussi des lycées professionnels. J’aimerais aller dans les écoles d’AES (accompagnants éducatif et social), de moniteurs-éducateurs et d’éducateurs spécialisés, d’infirmières et d’aides-soignants.
C’est un gros chantier !
Envie de lire un autre témoignage ? Retrouvez le témoignage d’Anthony de Magalhaes, papa engagé d’un garçon autiste. Quand il a appris que son fils était autiste, Anthony de Magalhaes a su qu’il devait sensibiliser le grand public à ce sujet.


