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Améliorer la prise en charge dans l’enfance grâce aux apports de la science
Entretien avec Alice Gélabale
Vous avez une expérience de 10 ans dans la petite enfance. Pourquoi avoir choisi cette vocation ? Suite à mes études en BTS esthétique et cosmétique, j’ai pu intervenir dans le soin et le bien-être des femmes enceintes. C’est lors de ces expériences que j’ai eu envie d’approfondir et de comprendre ce qui se jouait durant […]
À lireL’enfance n’est pas une période de tout repos. En effet, de nombreux défis sont à franchir pour le jeune enfant : un environnement à appréhender, des émotions à apprivoiser et une communication à décrypter. Vous connaissez un enfant qui arrive facilement à gérer sa frustration ? Qui sait comment calmer ce sentiment de colère ? Aujourd’hui, les recherches scientifiques sur le développement du cerveau nous donnent des pistes pour mieux accompagner le jeune enfant. C’est pourquoi Alice Gélabale s’est toujours appuyée sur l’état des connaissances actuelles. Après avoir été éducatrice de jeunes enfants, directrice de structure d’accueil, formatrice, elle est désormais coordinatrice pédagogique au sein d’un IRTS (Institut Régional du Travail Social). Aujourd’hui, elle répond à nos questions sur les 3000 premiers jours de l’enfant. Elle nous explique également comment améliorer la prise en charge dans l’enfance grâce à la science.
Vous avez une expérience de 10 ans dans la petite enfance. Pourquoi avoir choisi cette vocation ?
Suite à mes études en BTS esthétique et cosmétique, j’ai pu intervenir dans le soin et le bien-être des femmes enceintes. C’est lors de ces expériences que j’ai eu envie d’approfondir et de comprendre ce qui se jouait durant cette période
C’est ainsi que je me suis engagée au sein de l’association des « Blouses Roses » en 2012 et qu’en 2013, j’ai obtenu un diplôme d’auxiliaire de puériculture. J’ai travaillé plus particulièrement en pédiatrie et maternité où j’accompagnais les familles dans leur parentalité et soutenais les enfants qui étaient séparés de leur parent.
Tout ce qui concerne ces premiers mois m’a de plus en plus intéressée : j’ai donc passé un diplôme d’éducateur de jeunes enfants. J’ai aussi fait d’autres formations par exemple sur les troubles neurodéveloppementaux, sur la gestion des émotions, les liens d’attachement, la pédagogie Montessori, etc.
Aujourd’hui, tout ce que nous connaissons sur le développement de l’enfant progresse : rien n’est acquis, les connaissances évoluent. C’est aussi ce qui me passionne dans le domaine de la petite enfance !
Sur quelles thématiques travaillez-vous avec les enfants ?
Il y a de nombreuses thématiques sur lesquelles travailler : la gestion des émotions, bien sûr, mais aussi l’environnement de l’enfant, l’accompagnement des familles sur le sommeil et l’alimentation.
Le but est de donner aux parents des éléments de compréhension concernant le développement et le comportement infantile.
Pour ma part, j’intervenais auprès des enfants (de 0 à 6 ans). Je les aidais à verbaliser leurs émotions et je les soutenais dans ce qu’ils vivaient. Le but était de leur permettre de comprendre ce qui se passait en eux, de poser des mots dessus, qu’ils se sentent écoutés et acceptés tels qu’ils sont. Ce qui leur permettait de mieux appréhender ce qui leur arrivait et favorisait la relation avec leurs pairs.
Mais j’intervenais aussi auprès des familles. Je restais à l’écoute de leurs préoccupations et, ensemble, nous cherchions les leviers qui pourraient apaiser la situation.
L’Unicef indique que les 1000 premiers jours de la vie sont déterminants pour le développement de l’enfant. D’autres parlent des 3000 premiers jours. Qu’en pensez-vous ?
L’environnement lors de la grossesse, mais aussi lors des premiers mois de vie de l’enfant, peut entraîner des répercussions sur l’enfant qui va naître. Par exemple, le stress rencontré au cours de la grossesse peut avoir des effets nocifs sur le développement global de l’enfant.
C’est pourquoi il est important de pouvoir donner des clés de compréhension aux parents : le but est de les accompagner dans la rencontre et dans la relation avec leur enfant. Il s’agit aussi de les aider et de les soutenir dans l’éducation de ce dernier, et ce, dès sa naissance, voire avant (en accompagnant les parents dans leur projet de naissance).
Si l’environnement est sécurisant, l’enfant sera alors en mesure de mieux l’explorer, tout en développant sa confiance en lui (et aussi envers les autres). Il pourra ainsi mieux appréhender sa vie d’adulte plus tard.
Mais il ne faut pas s’arrêter à ça !
Car, ce qui est important, c’est d’avoir un véritable accompagnement tout au long de la vie de l’enfant.
Bien sûr, les premières années de vie sont primordiales : il faut que l’enfant puisse bien démarrer dans la vie.
Par exemple, une fois arrivé à l’école, l’enfant va faire de nouvelles expériences, qui peuvent avoir un impact négatif ou positif sur l’enfant. L’accompagnement des professeurs ou tout autre professionnel qui gravite autour de l’enfant est également essentiel. En effet, ces interactions vont aussi avoir un impact sur les apprentissages et le développement global de l’enfant.
C’est pourquoi il est important d’accompagner l’enfant tout au long de son développement !
Que peut apporter la science dans la prise en charge dans la petite enfance ?
La science nous apporte une meilleure compréhension du développement de l’enfant, de son comportement. Le fait d’avoir des études précises et concrètes nous permet de mieux comprendre les défis que traversent le jeune enfant.
Nous pouvons alors nous appuyer sur ce savoir pour faire face à une interrogation spécifique.
Par exemple, si notre équipe se questionne sur un enfant ou une situation, nous allons pouvoir nous appuyer sur les connaissances scientifiques actuelles pour rechercher des éléments de compréhension. Ces dernières nous permettront ensuite d’adapter nos pratiques aux besoins du jeune enfant (ou de la situation). En crèche, on entend parfois que tel enfant est capricieux alors que nous savons que l’enfant ne fait pas de caprices, il exprime seulement un besoin. Par ailleurs, le cerveau de l’enfant est encore très immature (le cerveau reptilien et le cerveau limbiqueprédominent et influencent donc le comportement du jeune enfant)
Vous disiez tout à l’heure que rien n’est acquis : ce qui était vrai un jour pourra ne plus l’être plus tard. Comment rassurer les familles face à des conseils qui évoluent sans cesse ?
En tant que professionnel·le, il faut savoir se montrer humble : transmettre ce que nous savons des nouvelles connaissances sur l’enfant et donner les informations telles que nous les avons, sans imposer de manière de faire.
Les parents sont les meilleurs accompagnants de leur enfant : ils l’observent constamment et connaissent ses difficultés et ses comportements. Ils ont souvent déjà expérimenté des choses et savent ce qui fonctionne comme ce qui ne fonctionne pas.
Les professionnels s’appuient sur ce que les parents peuvent observer pour leur proposer ensuite un autre point de vue, une autre approche par rapport à ce que les familles auront pu expérimenter.
Nous leur montrons que l’évolution des recherches fait sens et mettons à disposition ce que les connaissances actuelles nous disent. Les parents peuvent alors se saisir ou non de ces éléments et les adapter en fonction des spécificités de leur enfant !
Nous savons aussi que certaines connaissances sont prouvées. Par exemple, l’immaturité du cerveau du jeune enfant est un fait. Dans 10 ans, nous continuerons à dire la même chose. Nous aurons simplement plus de précisions.
Ce n’est pas pareil pour d’autres thématiques, où il n’y pas toujours un consensus scientifique, comme pour la diversification de l’alimentation par exemple. Cependant certaines choses ont été démontrées et prouvées par de multiples recherches. Par exemple, les écrans chez le jeune enfant avant de se coucher peuvent perturber son sommeil et avoir un impact sur son comportement.
Finalement, c’est à nous, professionnels, de mettre à disposition les ressources dont les parents pourraient avoir besoin : ça peut être des ouvrages, des ateliers d’échanges, des affiches… À l’aide de ces ressources et de ces divers supports de communication, les familles peuvent alors se saisir de ses idées concrètes pour les adapter à leur situation familiale.
Justement, en tant que parent ou professionnel·le, comment savoir où rechercher des informations ?
À l’heure actuelle, les 1000 premiers jours de l’enfant sont très fournis : il est donc facile de trouver des informations. Il y a également de nombreuses formations sur internet sur les spécificités des enfants, des ouvrages qui traitent de thématiques diverses en lien avec l’enfance ou la parentalité.
Il y a également de nombreux séminaires et conférences sur le sujet. En particulier, depuis le premier confinement lié à la Covid-19, de nombreuses ressources sont disponibles sur Internet. Des conférences sont proposées en distanciel, ce qui est très pratique pour se maintenir à jour.
C’est donc assez facile de trouver des renseignements. Cependant, le parent peut se sentir perdu voir submergé, par ce flot d’informations. C’est pourquoi il est important que les professionnels aient le même niveau de connaissances et le même langage pour pouvoir transmettre un discours cohérent auprès des parents.
De mon côté, je pense qu’il n’y a pas de « bons » ou de « mauvais » ouvrages. Tant que le fond a été sourcé et rend compte des découvertes scientifiques actuelles, nous pouvons y trouver des clés. Il s’agit simplement de s’assurer que cela correspond bien à nos besoins.
Les parents peuvent choisir des ressources scientifiques ou plutôt vulgarisées : tout dépend ce qu’ils recherchent. Il faut que cela corresponde à leur besoin du moment ou aux problématiques rencontrées par leur enfant.
Pour mes équipes, en tant que directrice, je mettais à dispositions des livres et des ressources sur le domaine pour que les professionnels puissent nourrir leurs réflexions et pratiques. D’ailleurs, les équipes pouvaient également apporter des ouvrages qui permettaient à chacun de s’enrichir. C’était une veille constante, finalement.
Pour finir, comment travailler main dans la main avec les familles ?
Il faut toujours être dans l’accompagnement sain de la famille.
Il ne faut pas hésiter à échanger, pour mieux accompagner les familles, mais aussi pour répondre aux questionnements des parents.
D’ailleurs, le parent a parfois déjà les solutions : si vous avez tenté ceci et que vous avez vu que cela fonctionnait, continuez comme ça ! Nous disons souvent que chaque enfant est unique, mais j’ajouterais que chaque parentalité est unique. C’est pourquoi les professionnels doivent écouter ce que les parents leur disent pour co-construire avec eux une réponse singulière qui répondra à leur besoin.
Finalement, nous en arrivons à une solution unique face à une problématique spécifique.
Aussi, nous sommes constamment en relation avec les autres professionnels qui interviennent auprès des enfants : ça peut être des psychomotriciens, des orthophonistes, des psychologues, des assistants et assistantes de service social… Nous nous adaptons au projet d’éducation de chaque enfant.
Il arrive que nous orientions des familles vers l’un de ces professionnels, si nous nous apercevons qu’un enfant pourrait avoir besoin d’un suivi particulier. Dans certains cas, nous pouvons nous appuyer sur le médecin de la crèche ou la coordinatrice petite enfance pour nous accompagner auprès de cette famille.
Mais, à nouveau, il faut veiller à ne rien imposer : nous sommes des pairs aidants, des accompagnateurs. Nous sommes là avant tout pour soutenir la famille, les accompagner dans leur cheminement parental et les renseigner sur les nouvelles connaissances.
N’oublions pas que le parent (ou tuteur) est bien le 1er contact, le 1er lien avec l’enfant, à nous de les aider à préserver cette relation singulière !
Et pour aller plus loin ? Nous venons de voir que le rôle des accompagnants dans le développement des enfants est primordial. Ceci est vrai aussi bien pour apprendre à communiquer que pour parvenir à gérer ses émotions ! Comment, en tant que parents, intervenir dans la gestion des émotions des tout-petits ? Découvrez 4 outils dans notre article consacré au rôle des parents dans la gestion émotionnelle de l’enfant !
