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Quelles sont les corrélations entre le TSA et les troubles du sommeil ?

Quelles sont les corrélations entre le TSA et les troubles du sommeil ?

Comment détecter des troubles du sommeil dans le TSA ? Comment aider les personnes autistes à mieux dormir ? Pour tout savoir, suivez ce guide !

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Publié le 9 nov. 2022Mis à jour le 24 oct. 2026
ParDjea SaravaneMédecin et docteur en biologie humaine

Publié le 9 nov. 2022Mis à jour le 24 oct. 2026
ParAnthony de MagalhaesAuteur

Des difficultés à se glisser dans les bras de Morphée ? Une tendance à cauchemarder plutôt qu’à rêver ? À se réveiller au plein milieu de la nuit ? Tout ceci peut être le signe de troubles nocturnes. En particulier, dans l’autisme, de tels troubles sont souvent présents. Ils impactent non seulement la sociabilité et le comportement social, mais aussi la santé somatique et mentale de l’enfant comme de l’adulte. Comment assurer un cycle de sommeil complet ? Comment limiter la sévérité des troubles ? Du coucher au lever, passons en revue tous les symptômes d’un mauvais sommeil et les corrélations qui existent entre trouble du spectre de l’autisme, ou TSA, et troubles du sommeil !

Qu’est-ce qu’une bonne nuit de sommeil ?

Avant d’identifier d’éventuels troubles du sommeil, savoir comment fonctionne ce dernier est utile.

Le sommeil profond

La première partie de la nuit est constituée de ce qu’on appelle le sommeil profond.

La température corporelle, les battements cardiaques, la pression artérielle : tout diminue pour permettre au corps de se reposer.

Le but ? Restaurer l’énergie nécessaire pour le bon fonctionnement de tous les organes, notamment le cerveau.

Le sommeil paradoxal

Puis, le sommeil paradoxal prend le relais. L’activité cérébrale devient plus intense : c’est le moment où les rêves font leur apparition.

Cette phase est déterminante pour les processus de mémorisation, mais aussi de régulation de l’humeur. De plus, elle permet aux nouveau-nés de construire leur système nerveux.

Les critères d’une bonne nuit de sommeil

Bien sûr, la définition d’une « bonne nuit de sommeil » va principalement dépendre de l’âge de la personne. En effet, les enfants ont besoin d’une durée de sommeil largement supérieure à celle d’une personne adulte.

Durant la nuit, plusieurs cycles de sommeil se mettent en branle : chaque cycle sommeil profond / sommeil paradoxal dure environ 1h30. Un réveil en plein sommeil profond peut laisser quelques minutes de confusion et d’engourdissement (c’est l’inertie du sommeil). La somnolence dans la journée, elle, tient à la quantité de sommeil, mais aussi à sa continuité.

Vous pensiez que la durée d’une nuit était le critère le plus important pour déterminer une bonne nuit de sommeil ? Malheureusement, non : c’est même un peu plus compliqué que cela.

Ainsi, il existe quelques critères qui, s’ils ne sont pas respectés, permettent d’affirmer si, oui ou non, le sommeil a été réparateur.

  • La latence d’endormissement est généralement jugée satisfaisante lorsqu’elle reste courte (de l’ordre d’une demi-heure).
  • La durée de sommeil sans réveil nocturne doit rester suffisante (plusieurs heures d’affilée).
  • La durée totale de sommeil doit correspondre à ce qui est recommandé pour chaque âge.
Image d’une personne endormie
Image de Pexels

Quelle est la prévalence des troubles du sommeil chez les personnes TSA ?

Au cours de votre vie, vous connaîtrez (ou avez déjà connu) très certainement des troubles du sommeil.

Ces derniers peuvent être liés à un stress, à la consommation d’alcool ou de drogue, à une dépression ou à des migraines…

Bref, à de multiples causes.

Aussi, pour régler ces problèmes nocturnes, il est nécessaire de déterminer précisément l’origine d’un mauvais sommeil.

En effet, si ces troubles ne sont pas pris en charge, ils peuvent avoir un impact important dans la vie quotidienne, avec :

  • un manque de vigilance ;
  • des sautes d’humeur et de l’irritabilité, voire de l’angoisse ;
  • des difficultés de concentration et de mémorisation ;
  • une accentuation des difficultés de comportement et de relation aux autres (une perte du langage ou des compétences sociales, elle, doit toujours faire consulter rapidement un médecin) ;
  • etc.

Chez les personnes autistes en particulier, ces bouleversements sont plus fréquents que dans la population générale.

Ainsi, chez les enfants avec un trouble du spectre de l’autisme, la prévalence est de 50 à 80 %, nettement au-dessus de ce qui est observé dans la population pédiatrique générale.

Étonnant, n’est-ce pas ?

Par ailleurs, au-delà de l’assoupissement qui est difficile (nécessitant parfois plus d’1 h), de la durée de sommeil qui est réduite et des terreurs nocturnes, ces enfants présentent également des difficultés face à la sieste.

Or, ceci a de nombreuses conséquences, outre celles déjà mentionnées ci-avant :

  • retrait social dû à la fatigue ;
  • comportements répétitifs renforcés ;
  • diminution des capacités sociales, cognitives et de gestion émotionnelle.
Image d’un enfant qui pleure et/ou crie
Image de Pexels

Pourquoi ces troubles du sommeil sont-ils si fréquents dans l’autisme ?

Plusieurs pistes d’explication sont aujourd’hui avancées.

Dysfonctionnement de l’horloge interne

Une première piste tient à un dérèglement de notre « horloge interne » (vous savez, celle qui vous dit quand vous avez sommeil).

En termes plus sophistiqués, nous parlons des rythmes :

  • circadien (ou horloge circadienne, qui régule les fonctions du corps selon les variations jour / nuit) ;
  • et homéostatique (la « pression de sommeil », qui augmente avec la durée de l’éveil).

Or, les troubles de ces rythmes peuvent avoir plusieurs origines.

Origines physiopathologiques des troubles du rythme circadien

La santé du patient ou de la patiente peut avoir un impact important sur la qualité de son sommeil.

Or, certaines pathologies sont bien plus fréquentes chez les personnes autistes que chez les enfants neurotypiques.

C’est le cas, par exemple, de l’épilepsie comme des troubles gastro-intestinaux.

Or, dans le cas notamment d’un enfant non-verbal ou présentant un trouble du développement intellectuel, l’expression de la douleur peut être très atypique. Autrement dit, il n’est pas toujours facile d’identifier des douleurs somatiques qui pourraient expliquer ces troubles nocturnes…

Par ailleurs, le rythme veille-sommeil est souvent perturbé dans l’autisme.

En effet, pour nous assoupir, notre cerveau sécrète de la mélatonine : il s’agit d’une hormone dont la fabrication est activée dès que la lumière du jour diminue. Or, chez certaines personnes TSA, cette sécrétion est perturbée : la quantité de mélatonine produite est inférieure à celle produite par les personnes neurotypiques.

Origines sensorielles

De plus, les personnes autistes présentent bien souvent une sensorialité atypique : hypersensibilité ou hyposensibilité à certains stimuli (bruits, lumière, toucher), etc.

Ceci peut être la cause d’une difficulté d’endormissement comme de réveils nocturnes.

Origines psychologiques

Comme chez les personnes neurotypiques, un environnement stressant peut également être à la source d’une mauvaise nuit.

Dans le cas des enfants neuroatypiques, un gros changement dans les rituels de la journée, le stress des parents ou une anxiété forte peuvent générer des troubles dans le cycle du sommeil.

Néanmoins, une fois encore, il peut être difficile à la personne autiste :

  • d’identifier qu’elle est stressée ;
  • de dire qu’elle l’est et de décrire son ressenti.

C’est pourquoi il n’est pas toujours évident de repérer l’anxiété chez l’enfant ou l’adulte TSA !

Néanmoins, quelques indices peuvent vous aider à voir si l’enfant ressent une quelconque angoisse :

  • la présence de comportements à problèmes (irritabilité, opposition, comportements stéréotypés, etc.) ;
  • du bruxisme de nuit (le fait de grincer des dents) ;
  • des terreurs nocturnes ;
  • une hypersomnie accompagnée d’une léthargie importante durant la journée ou d’une apathie (qui peuvent être le signe d’une déprime passagère comme d’une dépression) ;
  • la peur de dormir (ou la peur de la nuit).

Les parasomnies

Un sommeil de qualité passe par une certaine immobilité corporelle.

Toutefois, dans quelques cas, certains comportements anormaux sont observés durant le sommeil : ce sont les parasomnies. Il peut s’agir d’énurésie nocturne, mais aussi de marmonnements, de grognements, de cris, de rires, de balancement de la tête ou de gestes désordonnés.

Ces mouvements, s’ils ont lieu durant le sommeil profond, peuvent s’associer à du somnambulisme ou des éveils soudains.

Lorsqu’ils surviennent durant le sommeil paradoxal, ils sont plutôt dus à des cauchemars.

Un syndrome des jambes sans repos peut également gêner l’endormissement et générer des réveils dans la nuit. Ce syndrome est bien souvent associé à des picotements, des brûlures, des crampes, des fourmillements ou des engourdissements (qu’on appelle aussi dysesthésies) dans les membres.

Image d’un enfant dans son lit, les yeux grands ouverts
Image de Pexels

Comment favoriser un sommeil de meilleure qualité ? 5 étapes

1. L’examen médical

Vous avez repéré des signes d’éventuels troubles du sommeil ?

Dans ce cas, il est temps de passer à un examen plus poussé afin d’identifier la méthode thérapeutique la plus adaptée !

Pour ce faire, nous vous conseillons de suivre les étapes suivantes :

  • réalisez un agenda du sommeil sur au moins 2 ou 3 semaines (cet outil permet d’identifier plus facilement d’éventuelles insomnies, parasomnies ou hypersomnies) ;
  • orientez vers un pédiatre ou un médecin généraliste, en invitant la famille à apporter l’agenda lors du rendez-vous ;
  • pour poser un diagnostic médical, ce professionnel de santé pourrait alors ausculter l’enfant pour identifier d’éventuelles causes somatiques  aux troubles observés. Une polysomnographie (un examen complet pour évaluer la physiologie du sommeil) peut également être prescrite en vue de détecter d’éventuelles apnées du sommeil, syndromes des jambes sans repos ou autres types de pathologies.

En fonction des résultats de ces différents examens, plusieurs pistes thérapeutiques pourraient alors être recommandées.

2. L’hygiène de sommeil

En particulier, une bonne hygiène de sommeil est à mettre en place, en veillant :

  • aux habitudes alimentaires le soir (pas de café, de repas trop copieux, ni de sucre) ;
  • aux activités physiques (régulières dans la journée, en évitant seulement un effort intense dans l’heure qui précède le coucher) ;
  • à l’environnement de la chambre à coucher (il faut un endroit calme, adapté au profil sensoriel de la personne autiste) ;
  • à l’exposition à la lumière, et plus spécifiquement aux écrans (qui doit être limitée au maximum le soir, car la lumière limite la sécrétion de la mélatonine).

3. L’approche thérapeutique comportementale

En parallèle, une approche thérapeutique comportementale et individualisée peut être mise en place, avec :

  • un rituel autour du coucher (rappelons que souvent les personnes avec TSA apprécient les routines et rituels, qui diminuent leur anxiété) ;
  • un début de coucher plus proche de l’endormissement (donc plus tardif). L’heure du coucher est alors avancée tout doucement, par tranche de 5 minutes. C’est ce qu’on appelle la technique du bedtime fading ;
  • la présence dans la chambre d’un parent (avec un temps de présence qui diminue doucement jour après jour). Il s’agit d’une présence parentale dégressive ;
  • une extinction progressive de la lumière.

Ces techniques sont à proposer en premier, avant tout médicament ; elles demandent toutefois de la patience et une grande régularité de la part des adultes.

4. La prise de médicaments, sur décision médicale

Néanmoins, si ces mesures ne suffisent pas, c’est au médecin d’envisager un traitement : chez l’enfant, la mélatonine relève d’une prescription médicale, et non d’un complément alimentaire choisi par la famille.

En effet, la sécrétion de cette hormone étant plus faible chez certaines personnes autistes, ce traitement vise, entre autres, à faciliter l’endormissement et à limiter les réveils nocturnes ; son indication, sa forme et sa dose relèvent du médecin.

En réalité, tout dépend de l’individu : ce qui fonctionne chez l’un·e pourrait ne pas fonctionner chez l’autre. C’est pourquoi il est nécessaire de procéder via une démarche individualisée.

5. Le suivi psychologique

Enfin, se rapprocher d’un pédopsychiatre ou d’un psychologue formé à l’autisme peut aider l’enfant à mieux réguler ses angoisses. Les conséquences ? Diminuer les cauchemars et la peur des monstres nocturnes.

En résumé : ce qu’il faut retenir

→ La prévalence des troubles du sommeil dans l’autisme est de 50 à 80 %.

→ Un sommeil de mauvaise qualité se caractérise par :

  • des difficultés à s’endormir ;
  • des troubles comportementaux ;
  • des réveils nocturnes ;
  • une léthargie diurne ;
  • un état de santé dégradé ;
  • ou encore une accentuation des difficultés sociales.

→ Il existe de nombreuses comorbidités associées (troubles gastro-intestinaux, épilepsie, anxiété, etc.).

→ Identifier ces comorbidités permet de définir une approche thérapeutique adaptée (comportementale et/ou pharmacologique).

→ Mieux dormir passe également par un programme du soir adapté à l’enfant et une bonne qualité de vie familiale.

Vous vous demandez comment repérer les signes de douleurs somatiques ? Suivez les recommandations du docteur Saravane !

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