Articles

Articles

Qu’est-ce que la sélectivité alimentaire ? Définition

Qu’est-ce que la sélectivité alimentaire ? Définition

La sélectivité alimentaire est un trouble souvent retrouvé dans l'autisme. Dégoût de certains types d'aliments, refus catégorique de manger... Quels en sont les signes ? Comment agir pour éviter tout risque de malnutrition ? Découvrez toutes les réponses à ces questions !

À lire

La sélectivité alimentaire, c’est-à-dire le fait de n’accepter qu’un nombre restreint d’aliments, touche de nombreux enfants et adolescents, neurotypiques comme neuroatypiques.

En effet, ce phénomène accompagne souvent le développement des plus petits, de 2 à 6 ans. Il peut alors passer tandis que l’enfant grandit… ou persister jusqu’à l’adolescence, voire jusqu’à l’âge adulte. Mais à tout âge, c’est le retentissement qui doit alerter (poids, croissance, carences, vie sociale) : on peut alors soupçonner un trouble de restriction ou d’évitement de l’ingestion d’aliments (ARFID).

Aussi, face à un enfant sélectif, hors de question de ne pas s’interroger ! Car les risques de malnutrition sont bel et bien réels.

C’est pourquoi les parents peuvent vite être angoissés face à une hypersélectivité alimentaire, et à raison.

Mais, quand s’inquiéter ? Et comment intervenir ?

Pour vous aider à accompagner ces enfants et leurs familles, Ideereka vous propose une définition complète de la sélectivité alimentaire !

Quelles différences entre l’alimentation sélective et les autres troubles du comportement alimentaire ?

Lorsque nous parlons de troubles du comportement alimentaire, nous pensons bien souvent à l’anorexie mentale, à la boulimie ou encore à l’hyperphagie.

Pourtant, la sélectivité alimentaire présente plusieurs différences par rapport à ces maladies :

  1. les troubles de l’alimentation sélective surviennent principalement durant l’enfance et peuvent se manifester à tout âge, tandis que l’anorexie ou la boulimie sont majoritairement diagnostiquées dans l’adolescence ou au début de l’âge adulte ;
  2. les personnes qui présentent une sélectivité alimentaire n’ont pas de problème d’image corporelle ;
  3. elles ne présentent pas, non plus, une peur intense de prendre du poids.

Mais alors, qu’est-ce que la sélectivité alimentaire ?

La sélectivité alimentaire : définition de ce trouble de l’alimentation

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la sélectivité alimentaire ne concerne pas uniquement les personnes autistes. Elle s’observe aussi chez des enfants au développement « typique », même si elle est décrite plus souvent chez les enfants avec un trouble du neurodéveloppement, en particulier dans l’autisme.

Souvent, ce comportement fait poser question :

  • l’hypersélectivité alimentaire serait-elle un signe d’opposition à l’autorité ?
  • … ou s’agit-il simplement d’un caprice ?

Nous pouvons en effet avoir la sensation que les enfants autistes se restreignent volontairement dans leur alimentation : pourtant, ce n’est pas le cas.

Il ne s’agit pas d’un choix raisonné de leur part, pas plus qu’ils ou elles ne souhaitent faire la « fine bouche ».

Bien au contraire, il s’agit d’un véritable trouble, qui découle de causes nombreuses et parfois complexes.

En particulier, ce trouble de l’alimentation se caractérise par :

  • un refus de goûter et d’ingérer un certain type d’aliments (ceux qui présentent une texture particulière, ou bien une couleur bien précise, telle que le vert) ;
  • un petit appétit ;
  • une anxiété liée au fait de manger (dont il faudra rechercher la cause) ;
  • une persistance dans le temps.

Ceci peut notamment générer un retard de croissance (au niveau de la taille et/ou du poids) à cause de besoins nutritionnels non satisfaits. D’où l’importance de diagnostiquer et de traiter ce trouble pour éviter une malnutrition.

Pour y parvenir, la première étape consiste à en rechercher les causes.

Une femme regarde son bol de céréales sans envie de manger

Quelles sont les causes de la phobie alimentaire ?

Les causes de l’alimentation sélective peuvent inclure :

  • des troubles sensoriels (dégoût face à certaines textures, température ou odeurs ; le dégoût en question peut être si fort qu’il engendre un réflexe nauséeux), ceci se rencontre plus particulièrement dans les troubles neurodéveloppementaux tels que l’autisme ;
  • des troubles praxiques (avec des difficultés de mastication, par exemple) ;
  • un problème psychologique (phobie ou anxiété notamment ; n’oublions pas que le stress peut « couper l’appétit ») ;
  • des troubles gastro-intestinaux (douleurs, nausées, constipation, reflux), dont la cause est à rechercher par le médecin ;
  • des causes environnementales (par exemple, une non-habituation à certains aliments).

Bref, des causes qui n’ont rien à voir avec un caprice !

Mais n’oublions pas que la néophobie alimentaire, cette méfiance envers les aliments nouveaux, est d’abord une étape fréquente du développement, qui s’apparente à un mécanisme hérité de l’évolution : ce comportement vise à nous protéger d’aliments non connus et potentiellement dangereux pour notre santé.

C’est pourquoi le refus de goûter et le tri des aliments sont très courants chez les enfants de 2 à 6 ans.

Heureusement, chez la plupart des jeunes, le répertoire alimentaire s’élargit très vite après une certaine période !

Mais, lorsque les troubles persistent, la non-prise alimentaire peut engendrer une malnutrition, au même titre qu’un régime drastique. On ne parle plus alors de néophobie, mais d’un trouble alimentaire, que les classifications actuelles décrivent comme un trouble de restriction ou d’évitement de l’ingestion d’aliments (ARFID, selon son sigle anglais). Il est alors nécessaire d’intervenir pour prévenir ces risques.

Les conséquences de la néophobie alimentaire : quand intervenir ?

Prenons l’exemple d’une scène de la vie quotidienne.

« Non ! », s’exclame Inès en tournant la tête et en repoussant l’assiette.

« Mais tu n’as pas encore goûté ! C’est bon, pourtant ! Regarde : hummm, c’est bon !!! », réplique son père, la bouche pleine de purée de potimarron.

Mais rien à faire : Inès, 2 ans et demi, garde sa bouche résolument close.

Les familles que vous accompagnez vous ont sans doute déjà raconté une scène de ce genre.

Ce refus de manger certains plats (lié à la méfiance envers les aliments nouveaux, ou néophobie) est plutôt classique à cet âge-là.

Toutefois, dans certains cas, cette peur d’ingérer de nouveaux aliments n’est pas si facile à déceler.

Pour certaines personnes autistes, l’absence de langage oral, les difficultés d’interaction sociale et des expressions faciales moins lisibles pour l’entourage peuvent notamment compliquer le diagnostic.

Néanmoins, quelques signes avant-coureurs peuvent vous faire suspecter ce trouble :

  • l’enfant examine et trie longuement ses aliments ;
  • il ou elle mâche (très) lentement de petits bouts pourtant faciles à manger.

Si ces comportements peuvent nous faire sourire ou nous exaspérer, il reste important de savoir quand intervenir.

Dès que la santé de l’enfant vous inquiète, ou inquiète ses parents, mieux vaut ne pas attendre pour agir.

Les complications médicales d’une sélectivité alimentaire, si elle dure dans le temps, peuvent en effet être relativement importantes : perte de cheveux, fragilité osseuse, sautes d’humeur, diminution de la fréquence cardiaque et/ou de la tension artérielle, carences, anémies…

Une prise en charge médicale devient alors prioritaire, avec le pédiatre ou le médecin traitant, qui oriente selon les causes vers d’autres spécialistes.

Un bébé semble ne pas aimer la purée qu'on lui donne

Comment résoudre les problèmes liés à l’hypersélectivité alimentaire ?

En parallèle de la recherche des causes, et sans forcer l’enfant à manger, voici quelques pistes simples à travailler avec les familles.

1. Exposer l’enfant aux aliments qui posent problème

La familiarisation permet de limiter la méfiance et, donc, la peur.

Rappelez-vous la première fois que vous avez bu du café : l’avez-vous aimé ?

Peut-être que vous vous êtes alors demandé pourquoi tout le monde en buvait autant !

Ce n’est qu’après en avoir bu plusieurs tasses que vous avez commencé à l’apprécier. Votre but était peut-être alors de vous intégrer socialement… à moins que vous ne recherchiez une solution pour rester éveillé·e jusque tard dans la nuit, en vue de réviser ce concours si important ?

Quoi qu’il en soit, l’exposition répétée à ce liquide amer a fini par avoir raison de vos papilles. Le même mécanisme joue chez l’enfant, et cette image parle souvent aux parents.

2. Mettre en place une routine alimentaire

Bien sûr, ce processus de familiarisation sera facilité si le contexte alimentaire s’y prête.

Heures de repas fixes, places à table identiques, utilisation des mêmes méthodes de cuisine…

Tout ceci aidera l’enfant dans le processus de découverte des différents plats et mets. Et ce, d’autant plus si l’enfant en question a un TSA (trouble du spectre de l’autisme).

3. Inviter les parents à donner l’exemple

Quand l’adulte mange lui-même un plat, l’enfant l’aborde généralement avec davantage de confiance.

Ceci crée une réassurance : « si papa ou maman en mange, alors je peux en manger aussi ». De plus, créer des menus et prendre ses repas en famille permettent de créer une ambiance qui favorise l’appétit : en voyant tout le monde manger la même chose, nous avons moins d’appréhension à goûter de nouveaux plats.

Mais donner l’exemple passe aussi par les commentaires que l’on peut faire sur son poids ou son apparence.

Car, même lorsqu’ils semblent occupés à autre chose, les enfants prêtent souvent une oreille attentive aux adultes.

C’est pourquoi mieux vaut éviter, devant l’enfant, les « je me sens trop gros » ou « je devrais manger moins gras ».

Aborder avec les parents l’image qu’ils ont de leur propre corps peut les aider à ne pas transmettre leurs craintes à leur enfant.

4. Faire traiter les causes et les conséquences sur le plan médical

L’enfant se plaint régulièrement d’avoir mal au ventre ?

Ceci peut être le signe d’une anxiété comme de troubles gastro-intestinaux… Dans tous les cas, il est important que la famille consulte rapidement le pédiatre. Ce professionnel de santé saura déterminer les causes exactes des problèmes alimentaires rencontrés, ou orienter vers un autre spécialiste :

  • psychomotricien·ne ou orthophoniste dans le cas de troubles praxiques ;
  • psychologue ou psychiatre pour des problèmes d’anxiété ou de phobie ;
  • allergologue pour une éventuelle allergie alimentaire ;
  • diététicien·ne pour évaluer les apports nutritionnels de l’enfant.

Une question mérite aussi d’être abordée avec les parents : est-il vraiment utile de forcer l’enfant à manger l’aliment qu’il ou elle ne supporte pas ? Si aucun risque de santé n’est identifié, peut-être peut-il s’en passer.

Néanmoins, savoir quand consulter n’est pas toujours facile. En effet, dans les troubles neurodéveloppementaux, ou TND, les enfants peuvent avoir une façon bien à eux de montrer leurs difficultés.

Par exemple, certaines personnes autistes ont du mal à identifier de manière exacte leurs douleurs somatiques et à communiquer sur ces douleurs.

D’où l’intérêt de rester à l’écoute des signes que donne l’enfant, et de conseiller une consultation au moindre doute.

5. Apprendre à l’enfant à mieux gérer ses émotions

Enfin, une dernière méthode consiste à enseigner la gestion des émotions.

En quoi est-ce utile pour gérer les problèmes de sélectivité alimentaire, vous demandez-vous ?

Apprendre à reconnaître ses émotions peut aider certains enfants à aborder plus sereinement les aliments qui leur font peur.

Peur de vomir ? De s’étouffer ? Quand ces peurs font refuser des aliments, elles justifient l’avis d’un médecin et d’un psychologue ou d’un pédopsychiatre : la prise en charge repose souvent sur une thérapie cognitive et comportementale avec exposition progressive.

Dans d’autres cas, le refus de manger provient d’un dégoût réel de l’aliment, surtout lorsque des particularités sensorielles entrent en jeu. C’est notamment le cas chez certaines personnes avec un trouble du neurodéveloppement, comme l’autisme.

Mais comment savoir si c’est le dégoût ou la peur qui nous empêche de toucher à une assiette ?

Les personnes alexithymiques, comme certains enfants avec un TSA, ont souvent du mal à savoir quelles émotions, exactement, ils ou elles sont en train d’expérimenter.

Heureusement, l’apprentissage de la gestion émotionnelle peut nous aider.

Chez les enfants, les jeux de société peuvent alors servir de support pour parler des émotions et s’exercer à les réguler, d’autant plus s’ils font intervenir leurs intérêts spécifiques.

Si vous souhaitez aller plus loin, découvrez notre atelier sur les outils d’observation de la sélectivité alimentaire dans le TSA, ainsi que notre atelier pour accompagner la diversification alimentaire dans les troubles du neurodéveloppement.